Débats. En Iran, malgré les pourparlers, « les choses se mettent en place pour une confrontation militaire »

Hier à Oman, le dialogue a repris entre les Etats-Unis et l’Iran, des pourparlers décrits comme constructifs par les deux parties. Le spectre d’une intervention américaine de grande envergure s’éloigne-t-il? Pas vraiment, prévient le spécialiste de la région David Rigoulet-Roze, invité dans l’émission Tout un monde.

Comme le voulait Téhéran, le dialogue se concentre sur la question du nucléaire iranien, avec en particulier la problématique de l’enrichissement de l’uranium. Les missiles balistiques, le réseau d’influence de l’Iran et le sort de la population semblent avoir été écartés, alors que le Secrétaire d’Etat américain Marco Rubio avait insisté pour qu’ils soient aussi abordés.

Malgré les apparences, ces discussions ne constituent pas vraiment un premier pas vers un abaissement des tensions dans la région, a relativisé David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) et chercheur associé à l’Institut européen pour les études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord (EISMENA), lundi dans l’émission Tout un monde de la RTS.

« Il y a une forme de scénarisation, de théâtre d’ombres. En réalité, les lignes rouges respectives n’ont pas changé », pointe celui qui est aussi rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques. Du côté américain, on veut que Téhéran renonce à tout enrichissement d’uranium, peu importe l’usage qui doit en être fait, civil ou militaire. Or, il est hors de question pour l’Iran de revoir le principe de l’enrichissement sur son sol. « On ne voit donc pas très bien comment les deux pourraient s’ajuster, même si, en termes d’affichage, chaque partie fait mine de considérer que les premiers contacts ont été positifs », résume David Rigoulet-Roze.

Les deux camps jouent la montre

Pour le chercheur, chacun cherche à gagner du temps: l’Iran pour retrouver une situation stable, les Etats-Unis pour étoffer leur dispositif militaire. « Il faut se garder de l’affichage présenté […] A un moment, la question va se poser de savoir qui est prêt à faire un compromis, et on ne voit pas qui pourrait le faire d’un côté comme de l’autre ».

Au problème de l’uranium se superpose celui des missiles balistiques. Depuis les bombardements israéliens sur l’Iran, Téhéran a relancé son programme de missiles balistiques. Ce dernier devient un enjeu existentiel pour Israël, qui n’a pas manqué de le faire savoir à Washington, note le chercheur français. A ses yeux, « les choses se mettent en place pour vraisemblablement, à un moment ou à un autre, une confrontation à caractère militaire ».

Pour le régime iranien, l’enjeu est considérable: il joue sa survie, rappelle David Rigoulet-Roze. De quoi faire dire au chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique que nous sommes arrivés à un moment charnière: « On considère encore que l’option diplomatique demeure, alors même qu’on s’en éloigne de plus en plus de jour en jour ».

Le programme nucléaire iranien a-t-il vraiment été anéanti?

Après la campagne de bombardements américano-israélienne de mars dernier, Donald Trump avait affirmé que le programme nucléaire iranien avait été anéanti. Si tel est vraiment le cas, que reste-t-il à négocier?

« Les experts ont émis des doutes sur l’anéantissement complet du programme », rappelle David Rigoulet-Roze. « Il a été considérablement amoindri, les infrastructures ayant subi des dommages très importants. Mais des questions demeurent en suspens, d’abord parce que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) n’a pas pu avoir accès au site bombardé, ensuite parce qu’il reste un grand point d’interrogation au sujet des 440 kilos d’uranium enrichis à 60% [que l’Iran détenait avant les bombardements, ndlr] », pointe le chercheur.

« On est aujourd’hui dans l’incapacité de donner la localisation de cet uranium, qui est proche du seuil militaire », souligne-t-il.

« Les populations ne sont pas le critère essentiel de décision »

« Tenez bon, l’aide est en route! »: il y a un mois, en plein soulèvement populaire iranien, Donald Trump avait laissé entendre à la population que les Etats-Unis interviendraient pour destituer le régime et empêcher ses exactions. La rue y croit-elle encore aujourd’hui? Ou bien, comme le parie Téhéran, va-t-on assister à un « effet drapeau » en cas d’attaque américaine, avec un regain de patriotisme qui viendrait reléguer au second plan le ressentiment de la population contre le pouvoir iranien?

« ll y a une grande amertume » dans la population iranienne depuis ce « quasi-appel à l’insurrection de la part de Donald Trump », relève David Rigoulet-Roze, qui note que cette fois, les choses pourraient changer car « il y a maintenant un dispositif militaire qui n’existait pas à l’époque et laisse présager d’une éventuelle option militaire ».

Le sort du peuple, de toute manière, ne fait pas partie des variables principales dans l’équation, relativise toutefois le chercheur: « Ce sont les questions stratégiques, à savoir le nucléaire en premier, mais aussi le balistique désormais, surtout pour Israël. […] On est dans la realpolitik. Dans ce cadre-là, les populations ne sont pas le critère essentiel de détermination d’une décision »

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