Au Maroc, deux mondes cohabitent, en une carte postale des inégalités sociales

D’un côté de la presqu’île d’El Hank, une enfilade de restaurants chics et de villas, de l’autre, un bidonville. Sur le front de mer de Casablanca, personne ne s’étonne de ce grand écart social.

C’est une presqu’île au milieu du front de mer casablancais. Entre le port, la mosquée Hassan-II et les plages à perte de vue. A sa pointe, le phare d’El Hank illumine par ses flashs circulaires la capitale économique du Maroc. Pour y accéder, une route dessert, d’un côté, une enfilade de restaurants huppés, de l’autre, une cité aux allures de bidonville, encerclée par un mur d’où émergent des toits de tôle. La carte postale des inégalités sociales est saisissante.

Cela fait des décennies que ces deux mondes se partagent ce bout de terre de 16 hectares. A Casablanca, cette cohabitation ne semble guère choquer. L’œil est habitué aux grands écarts sociaux dans cette métropole de plus de quatre millions d’habitants, où les villas côtoient des habitats de bric et de broc, où, sur les routes, des Mercedes doublent des charrettes tirées par des ânes. Et où, de façon constante depuis les années 1980, les 10 % les plus riches détiennent la moitié des revenus nationaux, tandis que les 50 % les plus pauvres en possèdent moins de 15 %, selon le rapport 2022 du Laboratoire sur les inégalités mondiales.

A la tombée de la nuit, un ballet ininterrompu de belles voitures anime la presqu’île d’El Hank. Des hommes d’affaires, de jeunes Casablancais parés de luxe, des chaussures aux sacs à main, s’y retrouvent pour un afterwork ou un dîner. Mais ils semblent peu enclins à s’aventurer au-delà des abords des restaurants. L’endroit n’est pas un lieu où l’on vient flâner le soir, malgré la promesse d’une vue à couper le souffle, depuis la pointe, sur la houle venant se fracasser sur les récifs rocheux.

Des logements vétustes

Adresse mythique de la presqu’île, Le Cabestan fête ses 100 ans. L’établissement a drainé de nombreuses célébrités – artistes, politiques, hommes d’affaires et têtes couronnées. Il a aujourd’hui une réputation plutôt jeune et festive. Ici, entre les assiettes de tapas, les poissons et les crustacés préparés par des chefs étoilés au guide Michelin, les cocktails et les vins, l’addition peut vite grimper à 2 600 dirhams (250 euros), le montant du salaire minimum marocain, soit le revenu de bon nombre d’habitants de la cité d’en face.

Des cloisons ont été montées – tantôt des murs, tantôt de simples draps –, pour séparer les familles et s’offrir un peu d’intimité

Cette cité dite des « Mokhaznis », Le Cabestan l’a vue naître dans les années 1950. A l’intérieur de son enceinte, des baraques construites à l’identique, horizontales, de 64 mètres carrés, composées de trois pièces et d’un patio. Les blocs sont séparés par des ruelles où s’enchevêtrent les cordes à linge. « Sous le protectorat, le site avait servi à reloger les membres des forces auxiliaires après la seconde guerre mondiale, explique Karim Rouissi, architecte et membre de l’association Casamémoire. Au fil du temps, ces familles se sont trouvées à l’étroit et se sont débrouillées pour agrandir la surface habitable avec ce qu’elles trouvaient de matériaux : planches, tôles, parpaing… Les cours ont été couvertes, des maisons, surélevées. »Lire la suite dans lemonde.fr

vue sur le phore el hank et la cité des moukhzanis

Par Aurélie Collas (Casablanca [Maroc], correspondance) -Le Monde Afrique

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