Maroc. Brutal, le destin

Qu’a-t-il connu de la vie en ces cinq petites années? Peut-être la lumière du soleil qui se lève et qui se couche, peut-être la bonté d’une source d’eau pure, sûrement l’amour et la tendresse de ses parents. Et puis, voilà, comme s’il avait été en visite en notre monde, il s’en est allé. Une visite bien courte et qui se termine douloureusement.

Le décès du petit Rayan, après plusieurs jours de tentatives de l’extraire de ce trou de malheur, a passionné non seulement tout le Maroc mais aussi l’Europe. Les médias en ont parlé à chaque bulletin d’information. Les gens en parlent encore entre eux dans les cafés et les marchés. Je les ai entendus. Chacun proposait sa solution technique pour atteindre l’enfant coincé au fond du puits. C’est devenu une affaire touchant tout le monde. L’annonce de sa mort a été un choc reçu intimement par des millions de gens.

Ce n’est pas la première fois que le sauvetage d’un enfant, notamment après un tremblement de terre ou un glissement de terrain, passionne des millions de personnes.

Pourquoi et comment?

Quand on est père, on est père de tous les enfants du monde.

C’est un sentiment universel, semblable à l’instinct des animaux qui protègent leurs bébés et sont prêts à se battre pour que personne ne s’en approche.

Quand on est père, on est habité tout le temps par une inquiétude plus ou moins grande, parfois visible, d’autres fois enfouie dans les tripes.

L’enfant n’est pas sacré, mais c’est une part de nous-mêmes.

Tout ou presque se décide à l’enfance. Le reste, arrive, se construit, se dessine, selon la vie de chacun. Mais la base est là, elle doit être solide. L’attachement à l’enfance qu’elle fut bonne ou malheureuse, est une source inépuisable pour les écrivains, les cinéastes, les créateurs en général. On sait que tout part de là, et ce n’est pas Freud qui nous contredirait.

Le pauvre Rayan s’en est allé, après des jours et des nuits de peur, d’angoisse, de douleur, de faim, de soif et puis de désespoir. Une torture que le destin lui a administré. Il est tombé dans un puits comme s’il avait chuté d’un immeuble de cinq étages. Il a dû arriver au fond tout cassé.

Qu’a-t-il connu de la vie en ces cinq petites années? Peut-être la lumière du soleil qui se lève et qui se couche, peut-être la bonté d’une source d’eau pure, sûrement l’amour et la tendresse de ses parents. Et puis, voilà, comme s’il avait été en visite en notre monde, il s’en est allé. Il a trébuché sur une pierre et puis il est tombé dans les ténèbres. Une visite bien courte et qui se termine douloureusement.

Trop jeune pour réciter de mémoire quelques versets du Coran qui l’auraient apaisé. Trop angoissé pour appeler ses parents et même s’il l’avait fait, personne ne l’aurait entendu. L’horreur est dans les cris renvoyés à soi, les appels qui ne montent pas du font de ce puits.

J’imagine l’état dans lequel se trouvent en ces jours les parents de Rayan. Pas besoin de beaucoup d’imagination. C’est un sentiment d’horreur et de dévastation doublé de culpabilité, même s’ils ne pensaient pas que l’enfant allait passer par un endroit dangereux.

Il y a aussi la solidarité de tous les Marocains. Elle est émouvante. Il y a les artificiers sur le terrain, il y a les autorités qui ont fait ce qu’elles pouvaient, qui n’ont lésiné sur aucun moyen. A situation exceptionnelle, comportement exceptionnel.

Quelle leçon tirer de cette tragédie?

Certes, boucher les trous des puits, ou faire en sorte que le diamètre soit assez grand pour laisser passer une échelle et une personne, en cas de sauvetage.

Mais on a beau être vigilant, un accident arrive et on se retrouve désemparé, face à l’incompréhensible, à ce qui nous rend si faibles et impuissants devant la réalité brutale.

Il est urgent non seulement de fermer les puits, là où on sonde pour avoir de l’eau, mais aussi d’autres lieux où des travaux sont en cours et où les risques d’accident sont multiples. Reste le rôle des parents. Je ne vais pas les accabler. Mais, une attention accrue est nécessaire pour que le risque et la prudence fassent partie de l’éducation. 

Par Tahar Ben Jelloun

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