Musiques. Pourquoi une chanson iranienne s’est transformée en hymne contestataire.. Vidéo

La chanson « Baraye », composée par le musicien Shervin Hajipour à partir de tweets, est devenue un chant contestataire en soutien des actuelles manifestations iraniennes. Désormais, elle s’inscrit dans la longue lignée de morceaux que des luttes sociales se sont réappropriés.

Vendredi 28 octobre à Buenos Aires, Coldplay invitait l’actrice et chanteuse franco-iranienne Golshifteh Farahani à venir chanter « Baraye » sur scène. La chanteuse irano-américaine Rana Mansour l’a également interprétée durant la finale de The Voice en Allemagne.

Scandé en manifestation et repris par des groupes et des personnalités publiques, le morceau de Shervin Hajipour s’est transformé en hymne contestataire, synonyme de liberté.

Et c’était le but. Le chanteur a compilé des messages de protestation diffusés sur les réseaux sociaux depuis le début des manifestations en Iran.

>> « Baraye », par Shervin Hajipour:

Affirmer la solidarité

Comme beaucoup de chansons contestataires, le morceau « Baraye » rassemble et crée un sentiment de cohésion autour d’une ou plusieurs luttes communes. Armelle Gaulier, chercheuse associée au Laboratoire Les Afriques dans le monde à Bordeaux et spécialiste des liens entre musique et politique, explique que la musique a une force de frappe politique.

« Si la musique ne peut être répréhensible en soi, elle permet de diffuser, de porter symboliquement des luttes et des messages qui peuvent être dérangeants pour certains régimes politiques, » décrypte-t-elle dans La Matinale. Un morceau de musique comporte toujours plusieurs niveaux d’écoute, complète-t-elle. « On touche là de toute façon à un moyen d’émancipation par l’art. « 

La force de la musique, c’est qu’on ne peut pas la contraindre.Armelle Gaulier, chercheuse et spécialiste des liens entre musique et politique

La musique comme pouvoir de résistance

Les mouvements sociaux sont généralement accompagnés de musique, explique Armelle Gaulier. Selon elle, la force de la musique, « c’est qu’on ne peut pas la contraindre ». Elle ajoute que son impact est d’autant plus fort lorsqu’une chanson, à l’instar de « Baraye », est reprise et réadaptée.

Pour Lilian Mathieu, enseignant-chercheur au CNRS et au centre Max-Weber, le mouvement pour les droits civiques aux Etats-Unis dans les années 1950 et 1960 est un exemple classique. « La musique, et spécialement les chansons, jouaient un grand rôle dans la constitution du groupe qui proteste collectivement, dans un sentiment d’appartenance », rappelle-t-il.

Autre exemple: le jazz, qui comprend des textes contre l’Apartheid. Ou encore l’immuable chant de révolte italien « Bella Ciao », souvent repris dans les constations ouvrières, ou plus récemment dans les luttes féministes en Suisse.

Des trajectoires imprévisibles

Même si un morceau est écrit de façon engagée et politique, comme l’a fait Shervin Hajipour, il n’est pas certain qu’il ait de l’écho. « Parfois il y a des chansons qui sont pensées comme étant anodines, mais qui pourraient être reprises dans des contextes socio-politiques particuliers et devenir de vrais porte-drapeaux de la contestation », précise la chercheuse Armelle Gaulier.

Dans d’autres circonstances, un morceau échappe parfois à l’artiste qui l’a créé. Lilian Mathieu illustre ce cas avec « On ne lâche rien », du groupe HK & Les Saltimbanks, repris par les manifestations contre le mariage des couples de même sexe en France – très éloignées des valeurs politiques partagées par les musiciens.

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