Livres. Voyage sentimental en France et en Italie

« Avoir un bon copain, c’est ce qu’il y a de meilleur au monde ! » S’il apparaissait déjà pertinent en 1930, le refrain de l’acteur-chanteur Henri Garat devient une évidence certaine quand le monde en question a implosé, subi une dévastation majuscule et un total effondrement.

Le choix du « bon copain » avec qui randonner parmi les gravats toxiques de la civilisation s’avère décisif, et celui d’un chien rassure en matière de fidélité et de dévouement. C’est celui qu’a fait Griz, le héros d’Un gars et son chien à la fin du monde, roman de l’écrivain et scénariste écossais Charlie Fletcher, connu surtout grâce à sa série pour enfants Stoneheart (Hachette, 2007-2009).

Alors que la planète est quasi vide d’humains, ayant vu sa population, stérilisée par la « Castration », passer de 7 milliards à 8 500 habitants, qu’une mère nature goulue s’est entièrement réapproprié l’univers des villes et des machines, engloutissant tout sous sa mousse et sous sa flore, Griz réside en famille dans une des îles Hébrides, préservées, à l’ouest de l’Ecosse, n’ayant du monde passé que des souvenirs partiels et éclatés. Le rapt de son chien, Jess, par Brand, le caboteur errant, l’amène, se lançant, en compagnie de Jip, autre canidé, sur les traces du voleur, à découvrir le monde d’après.

Entre Pays de Galles et est de l’Angleterre, il découvre la désolation de lieux indescriptibles, sites vides et maisons désertes, croise une cavalière solitaire, John Dark, et l’étrange horde des Prez, barbare artisan de repeuplement. Rendant hommage aux classiques du genre postapocalyptique (d’Un cantique pour Leibowitz, de Walter Miller – 1960 – à La Route, de Cormac McCarthy – 2006 –, en passant par Le Jour des Triffides, de John Wyndham – 1951), le roman de Fletcher fait merveille en mêlant au roman d’initiation enfantin (Stevenson, Twain) l’arsenal désormais bien connu de l’imaginaire d’après la fin du monde et la poésie du « nature writing ».

C’est à l’amitié d’un homme et d’un âne que l’on doit l’un des plus émouvants moments du Voyage sentimental en France et en Italie (1768), ultime publication de Laurence Sterne (1713-1768) et complément indispensable au vertigineux Tristram Shandy (1759). Alors qu’il fait étape à Nampont (Somme), le révérend Yorick, héros du voyage et double de Sterne, tombe sur le valet La Fleur, effondré à la suite du décès de sa monture.

Une détresse amère et une déploration nue que Sterne traduit ainsi : « Je crains que mon poids joint à celui de mes afflictions n’ait été trop pour elle – il aura abrégé les jours de la pauvre créature, et je crains d’avoir à en répondre (déplore La Fleur) – honte au monde ! me dis-je – si nous nous aimions comme ce pauvre homme aimait son âne – ce serait quelque chose. »

« Un gars et son chien à la fin du monde » (A Boy and His Dog at the End of the World), de C. A. Fletcher, traduit de l’anglais (Ecosse) par Pierre-Paul Durastanti, J’ai lu, 384 p., 8,60 €.

« Voyage sentimental en France et en Italie » (A Sentimental Journey Through France and Italy), de Laurence Sterne, traduit de l’anglais par Léon de Wailly et révisé par Laurent Folliot, préfacé par Laurent Folliot, Rivages poche, « Petite bibliothèque », 240 p., 9,50 €.

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