Débats. Les législatives anticipées en Espagne pourrait voir l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir

Les électrices et les électeurs espagnols sont appelés aux urnes dimanche pour des élections législatives anticipées. Ce scrutin pourrait marquer un tournant en ramenant l’extrême droite au pouvoir à Madrid pour la première fois depuis la mort du dictateur Franco il y a près d’un demi-siècle.

L’Europe toute entière aura dimanche les yeux tournés vers l’Espagne. Le gouvernement de coalition entre le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) de Pedro Sánchez et le parti radical de gauche Podemos est en mauvaise posture.

Selon tous les sondages, Alberto Núñez Feijóo, du Parti populaire (PP), principal parti de l’opposition de droite, devrait remporter ce scrutin, mais il aura probablement besoin de l’extrême-droite (Vox) pour gouverner.

Ce scrutin anticipé a été convoqué par le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez au lendemain de la débâcle de la gauche aux élections locales du 28 mai.

Le pari risqué de Pedro Sánchez

La décision de Pedro Sánchez, au pouvoir depuis 2018, constitue un pari risqué. Connu pour être fin tacticien, le Premier ministre espagnol âgé de 51 ans espère que le PP et Vox ne parviennent pas à obtenir une majorité.

Le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez a convoqué des élections législatives anticipées le 23 juillet. [AP Photo/Paul White - Keystone]Le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez a convoqué des élections législatives anticipées le 23 juillet. [AP Photo/Paul White – Keystone]

Lors des élections du 28 mai, le PP et Vox ont obtenu 38% des suffrages ce qui, lors des élections générales, se traduirait par une récolte de 160 sièges, loin des 176 nécessaires à l’obtention d’une majorité parlementaire.

Avancer le scrutin en juillet plutôt qu’en décembre laisse moins de temps à la droite pour se relancer et cela pourrait lui coûter la majorité.

Pour contrer l’extrême droite

La dynamique de la droite a en effet été freinée lorsque le PP a dû négocier avec Vox des pactes de gouvernement dans certaines régions prises à la gauche. Le PP et son leader Alberto Núñez Feijóo ne sont pas sortis indemnes de ces tractations, Vox refusant de lâcher du lest sur ses priorités, qu’il s’agisse de son rejet de l’existence de la « violence de genre » ou de la négation du changement climatique. Des positions extrêmes qui ne sont pas celles du PP, mais qui l’éclaboussent.

En dix ans d’existence, la formation dirigée par Santiago Abascal est devenue la troisième force politique du pays. Vox rêve de reproduire au Parlement ses succès dans certaines régions, où il gouverne avec le Parti populaire.

Pedro Sánchez a donc choisi de faire de l’extrême droite l’épouvantail de la campagne, affirmant que voter pour le PP reviendrait à faire entrer Vox au gouvernement et provoquerait un retour en arrière pour le pays. Son but est de dissuader l’électorat centriste de voter pour le PP, mais aussi mobiliser le demi-million d’électeurs de gauche qui sont restés chez eux le 28 mai.

Le Premier ministre parle sans relâche de son bilan économique, qui, à l’échelle européenne, est plutôt bon, puisque la croissance a atteint 5,5% l’an dernier et que l’Espagne est devenue en juin la première grande économie de l’UE où l’inflation est tombée sous la barre des 2% (1,9%). Mais la perception qu’ont les Espagnols de leur situation économique reste très négative.

Dialogue avec les Catalans

Le gouvernement paie aussi certaines réformes portées par Podemos et qui ont eu un impact dévastateur dans l’opinion, comme une loi destinée à renforcer l’arsenal législatif contre les violences sexuelles, qui a eu pour effet pervers d’entraîner des réductions de peines et des libérations anticipées de condamnés.

Malgré cela, Pedro Sánchez, qui avait marqué les esprits en nommant en 2018 le gouvernement le plus féminin de l’histoire de l’Espagne, est parvenu à faire passer un vaste éventail de réformes.

Il a ainsi augmenté de près de 50% le salaire minimum, il a fait voter une réforme du marché du travail destinée à réduire la précarité et il a instauré une loi réhabilitant la mémoire des victimes de la Guerre civile (1936-1939) et du régime du dictateur Franco (1939-1975), dont il a exhumé la dépouille du mausolée pharaonique où elle reposait près de Madrid.

Arrivé au pouvoir juste après la tentative de sécession de la Catalogne en 2017, il est aussi parvenu à renouer le dialogue avec les indépendantistes catalans. Mais cette stratégie a écorné l’image de son gouvernement, selon les enquêtes d’opinion, en raison de concessions aux indépendantistes, jugées inacceptables par l’opposition de droite.

Alberto Núñez Feijóo à la reconquête du pouvoir

Favori des sondages, le conservateur espagnol Alberto Núñez Feijóo espère remporter ces élections grâce à ses promesses de stabilité et de modération, malgré une possible alliance avec l’extrême droite.

Ce politicien pragmatique de 61 ans est depuis longtemps un baron respecté au sein du Parti populaire (PP). Il a été élu à quatre reprises à la tête de la Galice avec la majorité absolue, une performance rare dans un pays à l’échiquier politique fragmenté.

Plébiscité à la tête des conservateurs en avril 2022 après l’une des pires crises internes vécues par le PP, il a eu depuis la lourde tâche de remettre en ordre de bataille une formation dans l’opposition depuis 2018.

Le soutien de Vox, formation aux positions ultranationalistes, formée par des anciens du PP, pourrait toutefois lui être indispensable pour se hisser au pouvoir à Madrid, aucun sondage ne lui accordant une majorité absolue. Ce qui place ce modéré dans une position compliquée.

Alliance probable avec Vox

Cette probable alliance avec Vox est un « choix pragmatique », a commenté vendredi dans La Matinale Sébastien Farré, directeur exécutif de la Maison de l’histoire de l’Université de Genève et spécialiste de l’Espagne contemporaine, car « la priorité absolue pour le Parti populaire est de reconquérir le pouvoir ».

Vox pourrait lui être utile puisque le parti attire la composante la plus conservatrice de l’électorat catholique face au développement des droits des femmes et des personnes LGBTQ+.

Il suit l’exemple d’autres forces politiques d’extrême droite qui ont gagné du pouvoir en Europe ces dernières années. Le parti espère connaître une progression similaire aux Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni et à la Lega de Matteo Salvini, qui ont pris le pouvoir en Italie en octobre dernier. Il rêve d’imiter le Fidesz de Viktor Orban qui gouverne la Hongrie depuis 2010.

Après avoir assuré pendant des années que sa seule ambition était de diriger sa région, Alberto Núñez Feijóo pense désormais que son « moment est venu », celui de devenir « le premier Premier ministre issu de l’Espagne rurale ».

Assurer la présidence tournante de l’UE

Politicien respecté en Espagne, il n’a en revanche aucune expérience à l’international, ce que lui reprochent ses détracteurs, et il ne parle pas anglais. Une lacune qui lui a valu d’être tourné en ridicule après avoir écorché le nom de la rockstar américaine Bruce Springsteen, prononcé « Bruce Sprinter ».

En cas d’accès au pouvoir, Alberto Núñez Feijóo exercerait la présidence du Conseil de l’UE que l’Espagne assume depuis le début du mois. Il devrait également rassurer Bruxelles sur les questions environnementales ou sociétales alors que Vox est connu pour ses positions climato-sceptiques et ultra-conservatrices.

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