Adhésion de la Suède à l’Otan : qu’a obtenu Erdogan ?

Après 18 mois de blocage, la Turquie a finalement accepté lundi de ratifier l’entrée de la Suède au sein de l’Otan. Loi anti-terroriste, adhésion de la Turquie à l’UE, libéralisation des visas, livraisons militaire… France 24 décrypte les points cruciaux de cet accord.

De longues poignées de mains et des sourires complices pour célébrer une « journée historique ». Le président turc Recep Tayyip Erdogan, le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg et le Premier ministre suédois Ulf Kristersson étaient réunis devant la presse, lundi 10 juillet en début de soirée, pour officialiser le soutien de la Turquie à l’adhésion de la Suède à l’Otan.

Cette étape « bénéficie à la sécurité de tous les alliés de l’Otan en cette période critique. Elle nous rend tous plus forts et plus en sécurité », s’est félicité le chef de l’Alliance. 

Le pays devrait désormais rapidement devenir le 32e membre de l’Otan, une fois son intégration approuvée par le Parlement turc ainsi que par la Hongrie, qui a déjà annoncé son soutien.

L’annonce de cet accord marque l’épilogue de 18 mois de difficiles négociations entre Stockholm et Ankara, qui avait au départ conditionné son feu vert à l’extradition de dizaines de militants kurdes réfugiés en Suède.

Durcissement de la législation anti-terroriste

Ces dernières années, la Turquie a multiplié les demandes d’extradition auprès des pays européens pour mettre la main sur ces militants qu’elle considère comme une menace, sans grand succès. Bien que le PKK soit reconnu comme une organisation terroriste par l’UE et la plupart des pays européens, ces derniers craignent que ses militants ne bénéficient pas d’un procès équitable en Turquie. Le 30 mars 2023, Ankara avait finalement approuvé l’adhésion de la Finlande tout en continuant de négocier avec la Suède.  

L’accord signé salue le travail du pays pour « répondre aux préoccupations légitimes de la Turquie en matière de sécurité ». En novembre 2022, Stockholm a modifié sa constitution pour durcir la législation antiterroriste avant d’adopter en mai une nouvelle loi interdisant les activités liées à des groupes extrémistes. Un mois plus tard, le gouvernement a annoncé l’extradition d’un partisan du PKK, condamné en Turquie pour trafic de drogue. Enfin, à quelques jours du sommet, la justice suédoise a condamné un Turc d’origine kurde à quatre ans et demi de prison pour « tentative de financement terroriste » du PKK.

Autant de décisions saluées par Ankara, auprès de qui la Suède s’est engagée à « poursuivre la lutte contre le terrorisme », à défaut d’ordonner les dizaines d’extraditions initialement réclamées par Recep Tayyip Erdogan.

Intégration à l’UE et libéralisation des visas

C’est la grande surprise de cet accord. Le texte stipule que « la Suède soutiendra activement les efforts visant à redynamiser le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE ». Candidat depuis 1987, le pays avait dû attendre 2005 pour que soient ouvertes des négociations avec l’Union. Mais cette perspective, qui faisait déjà débat en raison de la situation géographique du pays et de son contentieux avec Chypre, s’est éloignée ces dernières années du fait du durcissement du régime Erdogan, après la tentative de coup d’État de 2016.

Depuis, entre la proximité d’Ankara avec Moscou et les contentieux relatifs à la crise migratoire, les sujets de friction ne manquent pas.

« Redynamiser ne veut pas dire grand-chose », souligne Pierre Benazet, le correspondant de France 24 à Bruxelles, d’autant plus que « les Européens sont extrêmement gênés par cette candidature qui traine sur la table depuis des décennies ».

Le volet sur l’adhésion inclut deux points en particulier : « la modernisation de l’union douanière UE-Turquie et la libéralisation des visas ».  

« Il s’agit de deux demandes qui reviennent très régulièrement dans le discours turc », rappelle le correspondant de France 24 en Turquie, Ludovic de Foucaud. « La libéralisation des visas en particulier est un sujet très sensible en Turquie en ce moment. C’est une vraie demande de l’opinion turc et Recep Tayyip Erdogan pourra la présenter à ses électeurs comme une victoire car de plus en plus de Turcs se plaignent de ne pas pouvoir voyager dans l’UE ».

Un bon point, donc, pour le président turc, même si l’accord signé lundi n’engage que la Suède. Rien n’indique à ce stade que ses revendications seront soutenues par les autres membres de l’Union européenne.

Livraisons militaires

Enfin, parmi les aspects liés aux garanties de sécurité figure la reprise des exportations d’armes à la Turquie, annoncée par la Suède en septembre 2022. Ces livraisons, qui concernent principalement équipements électroniques, armures, logiciels et de l’assistance technique, avaient été interrompues en 2019, après son incursion en Syrie contre la milice kurde syrienne YPG.

Toujours sur le plan militaire, un autre aspect, bien plus important, aurait pesé dans la balance : la livraison d’avions de combat américains F-16 à la Turquie. Au lendemain de l’annonce de l’accord entre la Turquie et la Suède, le conseiller à la sécurité de Joe Biden, Jake Sullivan, a confirmé vouloir avancer sur l’envoi de ces chasseurs, « en consultation avec le Congrès, le ministère américain de la sécurité nationale et le gouvernement turc ».

Depuis octobre 2021, Ankara souhaite acquérir 40 de ces F-16 et près de 80 kits de modernisation pour ses avions de guerre existants, pour un total 20 milliards de dollars. Si les dirigeants américains et turcs ont rejeté à plusieurs reprises tout lien entre les deux dossiers, la vente de ces F-16 doit être validée par le congrès aux États-Unis. Or, plusieurs de ses membres avaient prévenu qu’ils ne l’autoriseraient pas avant qu’Ankara ne ratifie les adhésions de la Suède et de la Finlande.  

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