Débats. L’Iran, nouveau terrain de mensonges de guerre facilités désormais par l’intelligence artificielle

En allant jeter un coup d’œil du côté des médias ou des réseaux sociaux iraniens, on peut voir passer des images d’un porte-avions américain en flammes, d’un quartier de Tel-Aviv ravagé, ou encore l’idée que plus de 500 militaires étasuniens auraient été tués.

Ces fausses informations ou manipulations sont souvent orchestrées par la République islamique elle-même, et ce n’est pas une nouveauté de la part d’un régime qui s’est lancé pleinement dans ce type d’opérations de propagande dès 2009. « C’est au moment où elle se rend compte qu’il y a une grande massification des discours d’opposition qu’elle prend les choses en main », souligne Amelie Chelly, sociologue spécialiste de l’Iran, lundi dans La Matinale de la RTS.

Propagande interne et externe

Le régime va alors construire des instances de diffusion – ou de décrédibilisation – de certaines données ou nouvelles, et notamment des médias officiels de propagande.

« Les Gardiens de la Révolution ont plusieurs chaînes, et pas seulement à l’échelle nationale. Il peut y avoir aussi des chaînes dans toutes les langues qui adaptent leurs contenus aux intérêts des populations locales. Par exemple, la chaîne en espagnol HispanTV appartient aux Gardiens de la Révolution. Elle est diffusée pour toucher les intérêts de populations sud-américaines et titiller la fibre anti-américaine », explique Amelie Chelly.

Comme dans toutes les guerres, cette propagande a un double usage, relève la spécialiste. « À l’interne, ça permet d’essayer de ne pas perdre la face, et de mentir sur sa capacité létale ou sa capacité à conserver une stabilité. Et à l’extérieur, on va plutôt mettre l’accent sur le fait que cette guerre a été déclenchée par l’alliance américano-israélienne pour amplifier le discrédit sur ces deux belligérants. »

Différentes formes de contrôle de l’information

En face, les Occidentaux usent des mêmes stratagèmes. Les Etats-Unis et Israël ne sont pas en reste en matière de mensonges. Dans son « discours de l’Union » face au Congrès, Donald Trump a par exemple affirmé que l’Iran était sur le point de construire des missiles capables d’atteindre les États-Unis, ce qui est jugé très improbable par de nombreux experts.

De son côté, Israël affirme depuis des dizaines d’années que l’Iran est tout proche d’obtenir l’arme nucléaire, ce qui est aussi très peu étayé. Et plus largement, le traitement médiatique des guerres menées par des puissances occidentales dans les pays du Sud ou du Moyen-Orient est souvent critiqué en raison du point de vue ou des termes adoptés.

En Iran, le régime use aussi très fréquemment du blocage d’internet. Là encore, l’objectif est double, relève Olivier Glassey, spécialiste des usages numériques à l’Université de Lausanne. « D’une part, ne pas donner des moyens logistiques à une mobilisation citoyenne interne. De l’autre, maintenir la population dans l’incertitude informationnelle par rapport à l’extérieur, pour à la fois la ‘protéger’ des fake news ou des vraies informations de l’extérieur, et produire le seul discours légitime de l’Etat, qui reste donc en contrôle du récit dominant. »

L’IA vient encore compliquer les choses

Le mensonge n’est pas une arme nouvelle en géopolitique. On peut citer, par exemple, celui des prétendues « armes chimiques de destruction massive » qui a justifié l’invasion des Etats-Unis en Irak. Mais pour Olivier Glassey, le phénomène de la désinformation de guerre est facilité par les réseaux sociaux et l’IA, qui rendent n’importe quelle image facilement manipulable.

« C’est devenu des moyens très répandus de produire un discours, et avec des niveaux d’efficacité ou de bricolage qui peuvent être différents », relève-t-il. « C’est aussi très difficile de faire la distinction entre les initiatives qui viennent directement d’un Etat ou d’une officine indirecte, d’autres formes d’organisations, voire de citoyens et citoyennes qui s’emparent de cette responsabilité alors qu’on ne leur a rien demandé, dans une forme de mobilisation personnelle. »

En Iran, comme en Ukraine, à Gaza ou dans d’autres conflits, cette guerre parallèle de l’information menée par les Etats ou les médias sème donc le doute permanent et rend compliqué, pour les journalistes comme pour les populations, de distinguer les vraies informations des fausses accusations.

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