Roman Chronique d’un royaume perdu

La romancière d’origine mauricienne Ananda Devi vient de faire paraître ‘Chronique d’un royaume perdu’, un roman épique ancré dans l’histoire de l’île Maurice en lice pour les prix Goncourt et Renaudot. Une épopée familiale qui s’étale sur plusieurs générations et a été imaginée pendant des décennies.

« C’est un roman qui a existé en moi depuis plus de quarante ans, mais son temps de gestation a été immense », indique la romancière mauricienne installée en France Ananda Devi à propos de son dernier ouvrage intitulé ‘Chronique d’un royaume perdu’.

Au Bouchon, petit village isolé de l’île Maurice, quatre générations se succèdent depuis le temps de l’esclavage. La violence se mêle à l’amour, la tendresse à la haine, les plus nobles passions aux vices les plus vils, les sangs des unes aux sangs des autres…

Les cinq fondateurs viennent d’une plantation lointaine  : trois sont nés dans la puissante et blanche famille Dumontais  ; deux d’une esclave noire. Mais les trois blancs sont en vérité le fruit d’une passion entre Madame et le Vieux Bouc, un esclave magnétique qui revendique aussi la paternité des deux derniers. Bannis pour s’être liés d’amour et d’amitié, les cinq enfants devenus grands trouvent refuge dans ce lieu perdu dont ils font leur royaume, autarcique et magique, qu’ils défendent d’un seul corps, puisqu’ici sont abolies les frontières entre passé, présent et avenir  ; vie et mort  ; réel et fantastique.

Tel homme entend sans le vouloir tous les péchés humains  ; telle femme meurt et renait en déesse protectrice  ; un enfant vit parmi les oiseaux quand son cousin viole et tue sans frein  ; le moulin est hanté par les voix des fantômes, la nature donne les plus beaux fruits mais décapite la chapelle  ; les guerres du monde contemporain rencontrent les combats intérieurs de chaque individu et l’histoire de l’humanité se reproduit dans l’infiniment petit de leurs existences débridées. Parmi eux, un enfant timide sera le chroniqueur de ce royaume hors-norme dont il livre les jours de paix, de luttes, et les nuits de folie pour empêcher l’oubli.

Épopée fabuleuse,  mythologie vibrante, fable majestueuse, cette Chronique d’un Royaume perdu est le chef d’œuvre d’Ananda Devi.

Un royaume autonome

Bannis, ils trouvent finalement refuge dans un hameau du sud de l’île nommé Bouchon, au bord d’une baie. Le lieu va devenir un petit royaume autonome, où l’on se marie entre cousins. Les générations suivantes, qui tenteront de s’émanciper de cette violence familiale héritée, vont finalement reproduire les brutalités du monde: inceste, suicide, meurtre, luttes de pouvoir. S’ajoutent à cela les secousses de la Première Guerre mondiale et la cupidité du capitalisme touristique. 

« Ces enfants vont découvrir un lieu qui leur transmet quelque chose de sa puissance, de son passé effacé ou oublié et qui va les doter de qualités extraordinaires. (…) Mais évidemment, puisque c’est une famille, il y a aussi tous ces déchirements qui sont propres aux familles, malheureusement, mais aussi tous les aspects de l’humain qui sont reflétés par ces quelques personnages, qui vont perpétuer un peu la violence de la naissance de ce pays », explique Ananda Devi, qui intègre aussi dans son histoire une part de surnaturel.

La « faute originelle »

Dans son récit, la romancière réinvente l’histoire de l’Ile Maurice, née historiquement avec la colonisation, dans la violence, avec l’esclavage, puis le transport des travailleurs indiens. Le roman écrit une autre histoire, qui commence avec une « faute », celle de cette femme blanche, propriétaire, qui tombe passionnément amoureuse d’un esclave noir.

« Cela me permettait d’entrer dans le domaine du mythe dès le départ, en parlant de ce ‘péché originel’, mais aussi de passer outre cette condamnation de l’île dans la colonisation, avec de la violence, de la fragmentation, des divisions. [L’idée était donc] de dire ‘et si notre origine n’était pas la colonisation, et donc la violence, mais quelque chose de plus ancien, qui infusait les veines de l’île et continuait quelque part à entrer chez les habitants?' »

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