Paralysée, l’ONU? « Elle reste efficace au jour le jour pour l’aide humanitaire »

L’ONU, actuellement réunie en assemblée générale, a du plomb dans l’aile. Entravée par des dirigeants hostiles, elle apparaît comme incapable de réaliser son objectif premier: favoriser la paix dans le monde. Mais ses agences continuent à œuvrer sur le terrain, nuance l’historienne Chloé Maurel.

« L’ONU apparaît en échec pour sa mission principale qui est de faire la paix dans le monde, puisqu’il y a aujourd’hui beaucoup de guerres, de manière inédite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale », observe mercredi dans Tout un monde la chercheuse associée à l’Institut des hautes études internationales et du développement à Genève.

Cet état de fait dérive du droit de veto des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, dont trois sont, note l’historienne, dirigés par des « présidents autoritaires »: Donald Trump, Xi Jinping et Vladimir Poutine.

Mais cette situation ne doit néanmoins pas pousser à la conclusion que les Nations unies sont devenues complètement inutiles, argumente Chloé Maurel. L’organisation multilatérale, qui réunit 193 Etats membres, continue d’agir à travers le globe, via ses seize agences spécialisées, par exemple l’OMS (santé), l’UNESCO (éducation et culture), la FAO (agriculture et alimentation) et l’OIT (travail), rappelle l’autrice du livre ‘Les grands discours à l’ONU’, paru en 2024.

« Il y a beaucoup d’actions, notamment auprès des pays du sud, qui sont très importantes au quotidien. L’ONU sert bel et bien à quelque chose », déclare Chloé Maurel. « Elle est efficace au jour le jour pour de l’aide humanitaire, notamment avec le Programme des Nations unies pour le développement », ajoute-t-elle.

Pression financière

Le multilatéralisme est néanmoins remis en question. Ses détracteurs utilisent le levier financier pour faire pression sur l’ONU, menaçant son travail sur le terrain.

Les Etats-Unis de Donald Trump ont par exemple payé récemment des arriérés de quelque 800 millions de dollars pour éviter d’être privés du vote à l’assemblée générale.

Il faut redonner un nouveau souffle à l’ONU

Chloé Maurel, historienne spécialiste de l’ONU

Ce paiement ne signifie pas que Washington a réglé tout son dû. Le gouvernement américain doit toujours quatre milliards aux Nations unies. « Les Etats-Unis veulent asphyxier l’ONU, la priver de ces financements parce que cela ne les intéresse pas d’investir dans cette dernière », analyse Chloé Maurel. « Ils préfèrent la voie bilatérale, c’est-à-dire agir avec un pays directement, ou décider eux-mêmes, seuls, plutôt que de jouer le jeu du multilatéralisme. […] La Chine fait la même chose. »

Un nouveau chef pour relancer l’ONU

L’ONU doit désigner un nouveau secrétaire général. Pour de nombreux observateurs, la mission du successeur ou de la successeure d’Antonio Guterres sera ni plus ni moins de sauver l’organisation.

« Il faut redonner un nouveau souffle à l’ONU, pour faire connaître ses missions plus largement au grand public et pour que les peuples fassent pression sur les Etats afin qu’ils jouent le jeu du multilatéralisme et acceptent de se conformer aux grands principes humanistes construits depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale », plaide Chloé Maurel.

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