
La décision du gouvernement provisoire au pouvoir à Caracas de céder plus de 20 % des réserves pétrolières du pays aux États-Unis suscite de nombreux doutes, relève cet éditorial du quotidien de la droite libérale vénézuélienne “El Nacional”, qui ne cache pas son irritation face au resserrement de la tutelle américaine sur le pays.
Y a-t-il dans l’accord énergétique une vision d’avenir pour le Venezuela ? Pour répondre rapidement, nous n’en savons rien. Delcy Rodríguez nous affirme que cet accord “historique” conclu avec le gouvernement des États-Unis fera du Venezuela un pays “prospère et heureux” d’ici un an, cinq, dix ou cinquante. Son argument est infaillible : il est absurde d’avoir sous terre 300 milliards de barils de pétrole inexploités. Ce que ne dit pas la présidente par intérim, c’est qu’il y a eu, jadis, des projets, des professionnels et des talents, au Venezuela, en mesure d’augmenter progressivement la solide production pétrolière aujourd’hui enfouie sous les décombres de ce qui fut la compagnie nationale Petróleos de Venezuela (PDVSA).
Aux conséquences du double séisme d’il y a deux mois vient désormais s’ajouter, autour de ce “grand accord énergétique”, une double opacité, celle de la présidence par intérim et celle du gouvernement Trump, qui exerce sa tutelle sur le pays depuis le 3 janvier. L’enjeu est de taille, puisqu’il s’agit de près d’un quart des réserves pétrolières vénézuéliennes, dont Washington aurait désormais le “contrôle majoritaire” – un cadeau offert par le Venezuela au peuple états-unien, dit Trump –, pour une durée indéterminée et un bénéfice pour le pays aussi gigantesque qu’incertain.
Nul ne peut contester la nécessité urgente d’investissements, de technologies et d’experts de haut vol pour remettre sur pied notre industrie pétrolière. Pour qu’elle devienne à nouveau un levier de développement capable de sortir le pays de la prostration dans laquelle l’ont laissé vingt-cinq ans de gestion néfaste et frauduleuse. Personne, ou presque, n’est contre l’idée de renouer et renforcer les liens, notamment commerciaux, avec les États-Unis, destination historique d’une bonne partie de notre pétrole, et de le faire de manière plus avantageuse pour les intérêts vénézuéliens que cela n’a été le cas depuis que le secteur a été nationalisé.
Le retard de la transition démocratique
Mais les Vénézuéliens ont besoin de connaître la teneur de l’accord et d’en discuter. Comme l’a écrit sur X notre chroniqueur Ramón Escovar León, un accord d’une telle ampleur, portant sur 65 milliards de barils, “ne peut être la préoccupation du seul gouvernement intérimaire, ni se décider sans la participation du pays. Ses termes doivent être discutés et sa constitutionnalité doit faire l’objet d’un débat national.” Ce débat sera-t-il seulement possible ? Ou devons-nous attendre que les mécanismes de contrôle des institutions démocratiques américaines, elles-mêmes sérieusement ébranlées, interviennent, d’une façon ou d’une autre, en notre faveur ?
Depuis le 3 janvier, et plus encore depuis la catastrophe du 24 juin qui a mis au jour le dénuement des institutions vénézuéliennes, la tutelle états-unienne sur notre pays s’est resserrée. Elle progresse à la vitesse grand V dans son versant économique, mais avec une lenteur exaspérante pour ce qui est de la restauration de la démocratie : les prisonniers politiques n’ont pas tous été libérés, la liberté d’expression et la circulation de l’information restent gravement entravées, la transparence n’est pas au rendez-vous. Les promesses l’emportent sur les réelles avancées dans la remise en état institutionnelle et par conséquent, la transition démocratique affiche un retard flagrant et atterrant.
Un régime intérimaire sans crédibilité peut-il nous offrir un avenir “prospère et heureux” ? Le Venezuela a besoin de toute urgence de renouer avec sa démocratie et ses institutions, pour pouvoir offrir des garanties solides, crédibles et vérifiables et engager ses richesses dans un projet stratégique de relance économique et sociale, dans le respect des libertés.
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