Maroc.. De la nécessité d’une éducation sexuelle

Et voilà, après quelques mois de sommeil, ils sont repartis à l’attaque, ces «hors-la-loi», comme ils se surnomment, qui réclament à cor et à cri l’abrogation de l’article 490 du code pénal, qui criminalise les relations sexuelles hors mariage.

Un fait divers, celui d’une jeune femme de Tétouan victime d’une sex-tape, qui a fuité sur le net, a suffi pour faire réactiver leur revendication.

Bien sûr, il est évident que disposer de son corps librement devrait aller de soi. C’est même bien la moindre des choses, le moindre des respects que nous nous devons.
Mais je les regarde s’agiter, ces «hors-la-loi», et je m’afflige.
Parmi les premiers signataires de cette pétition d’abord publiée sur Le Monde, ensuite jetée, telle un vieux nonoss à ronger, aux médias marocains, figurent un violeur, et un abuseur… De ma petite personne.
Je ne peux évidemment nommément les dénoncer, le mouvement MeToo a fait son lot de scandales dans le monde, sans passer par le Maroc, et bien sûr, étant données les dispositions du code pénal, telles qu’elles le sont aujourd’hui, je ne peux citer leur identité plus avant. Ce serait me mettre en danger, plus encore que je ne le fais maintenant, car bien entendu, ils nieraient ce qu’ils ont fait.
Puis, au fil des années, devant les abus, l’irrespect de l’être humain que je suis, et puis, pour finir, cette condescendante pétition de France, venue juger notre détresse et péremptoirement ordonner «sa» solution à la misère sexuelle que nous vivons dans notre contrée, j’ai décidé que plus jamais, un seul homme, never, ever.
Ce qu’il m’est arrivé, est arrivé à beaucoup d’autres.
Sex-tape qui se transmue en outil de chantage.
Quelques verres en trop, et oublier que l’on a, face à soi, une humaine qui n’est pas consciente de ce qu’elle fait, ou alors, pire encore, oublier qu’un «non», veut bel et bien dire ce qu’il signifie:

un refus.
Violences.
Abus.

Irrespects divers et variés, jusque dans l’espace public, jusque dans la rue, où les femmes subissent les assauts verbaux, voire physiques, de stricts inconnus…
L’unique «outil» d’éducation sexuelle dont les Marocains disposent aujourd’hui? Les plateformes de vidéos pornographiques. Où les femmes sont hyper-sexualisées, où violenter une femme semble faire partie des rituels sexuels, de la logique des choses. Drôle d’initiation au partage le plus naturel qui soit, entre deux êtres humains.

Et puis rien d’autre.

Ah si: nous pouvons aussi nous glorifier de notre légendaire hchouma, ces vieux tabous qui entourent tout particulièrement la sexualité, et que nous avons chevillés au corps.
Alors non: abroger l’article 490 du code pénal n’ira pas sans une éducation sexuelle complète, pour tous.
Juste histoire de remettre les femmes à la place qui devrait être normalement la leur: des êtres humains. Oui, juste ça.
Et non des trous, accessoirement pourvus de pattes.
Et comprendre, enfin, que faire l’amour est un acte mutuellement consenti, un consentement éclairé de part et d’autre, entre adultes conscients de ce qu’ils font.

Du respect, quoi.

Et revenir à une simple valeur, qui me semble, pour l’heure, totalement oubliée: l’amour.
Quand cela sera compris, et c’est encore loin d’être le cas, alors oui, le Maroc pourra abroger cette disposition inique qui entend régenter nos corps.

Par Mouna Lahrech – le360.ma

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