L’élection de Joe Biden fait naître un mince espoir à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique

Le nouveau président élu a promis d’accepter plus de réfugiés sur le sol américain mais pas de se débarrasser du mur qui sépare le Méxique des États-Unis. Les migrants que franceinfo a rencontré au Texas, à la frontière, ne se font pas d’illusion, tout en espérant que leurs conditions de vie s’amélioreront. 

La victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle américaine peut-elle améliorer le sort des migrants qui se pressent à la frontière mexicaine et que Donald Trump avait qualifié de « violeurs » et de « criminels » ? Franceinfo s’est rendu à Brownsville, au sud-ouest du Texas, là où se terminent les États-Unis et où commence le Mexique.

« Une joie mesurée » après la victoire de Biden

Pour séparer ces deux pays, c’est simple, il y a un mur. Mais ce mur est en réalité plutôt une barrière en acier haute de six mètres qui surplombe et laisse entrevoir la frontière naturelle : le Rio Grande. « J’ai grandi juste à côté d’ici. Quand j’étais enfant, on venait se baigner dans la rivière, raconte Marco Chavez, médecin et bénévole pour une association d’aide aux migrants. Ça n’était pas vraiment une frontière. Il n’y avait pas de mur, pas de division ». Face à ce mur, érigé il y a 12 ans, Marco explique que Donald Trump n’a fait que rajouter 400 km. Il admet également que Joe Biden ne va pas le détruire. « Oui, c’est vrai, je suis d’accord. Biden a déjà dit qu’il n’allait pas le détruire, mais il a aussi dit qu’il n’allait pas construire davantage », nuance Marco.

Le nouveau président élu a fait d’autres promesses : il veut passer de 15 000 à 125 000 réfugiés par an. Il entend aussi permettre aux migrants de faire leur demande d’asile aux États-Unis, ce que Donald Trump avait refusé. Les migrants se sont donc retrouvés coincés de l’autre côté de la frontière, dans des camps comme à Matamoros, juste en face. C’est ici que vit depuis un an et deux mois Josué Cornejo, un Hondurien de 29 ans. Avec l’épidémie de Covid-19, impossible de passer la frontière, c’est donc par téléphone que nous lui demandons sa réaction après la victoire du candidat démocrate. 

Bien sûr, nous avons ressenti de la joie, une joie mesurée car pour l’instant, nous sommes toujours dans ce camp. Mais nous avions demandé à Dieu qu’il nous donne quelqu’un de bon pour représenter les Etats-Unis. 

Josué Cornejo à franceinfo

« Nous, les migrants, nous méritons d’avoir une opportunité, nous avons fui notre pays. Alors maintenant je demande au monde entier… S’il vous plaît, ne reproduisez pas ce qu’il s’est passé ici », plaide Josué.

Donner son plasma pour 45 dollars

Les erreurs commises par l’administration Trump, selon ce migrant hondurien, ce sont les conditions sanitaires dans le camp de Matamoros mais aussi la situation de centaines d’enfants séparés de leurs parents, enfermés dans « des cages », des centres de rétention fermés, côté américain. Ainsi, après quatre ans de « trumpisme », Marco Chavez n’a qu’un mot à la bouche : « L’espoir, l’espoir que ça va se terminer. Nous sommes un pays d’immigration », rappelle-t-il.

Cette élection nous donne l’espoir que ça va changer, que le camp va disparaître. Personne ne devrait dormir sous une tente pendant deux ans.

 Marco Chavez à franceinfo

En attendant que cette situation évolue, les seuls étrangers qui ont le droit de passer, en ce moment et malgré le Covid-19, ce sont des Mexicains qui viennent donner leur plasma. À 50 mètres de la frontière, à côté des boutiques et de leur ambiance latino, une centaine de personnes attend devant l’un des quatre centres de don de la ville. La grande majorité sont des Mexicains : ce don leur rapporte 45 dollars. Alejandro, 27 ans, est venu de Matamoros. Il nous précise qu’il a le droit de se rendre aux États-Unis quelques heures, deux fois par semaine. « Les Américains vérifient à l’heure à laquelle tu passes la frontière. Ils vérifient ton visa, il y a des files d’attentes lors du contrôle, détaille-t-il, et si jamais, par exemple, tu as traversé la veille, tu risques d’avoir des problèmes car en fait tu as juste le droit de faire ton don de plasma et après tu dois repartir. C’est la seule chose qu’ils te laissent faire. »   

« Les migrants piquent le boulot des Américains »

À vrai dire, les étrangers sont plutôt mal vus à Brownsville. Si les démocrates se sont imposés dans ce comté, le parti de Joe Biden a perdu des voix par rapport à 2016. Donald Trump, lui, en a gagné. Dans cette ville à plus de 90% latino, une partie de la population estime que les migrants portent préjudice aux Américains. « Les migrants piquent le boulot des Américains, affirme un professeur et vétéran de l’armée. Mon père vit autour de Dallas, il est à la retraite mais il fait pas mal de petits boulots et il me dit tout le temps : ‘Si je demande 40 dollars pour faire un jardin, un migrant va demander la moitié, donc oui, ils prennent nos emplois !' », insiste le sexagénaire. 

Après le pont qui permet de passer du Mexique aux Etats-Unis, un panneau indique l\'entrée sur le sol américain.
Après le pont qui permet de passer du Mexique aux Etats-Unis, un panneau indique l’entrée sur le sol américain. (VALENTIN DUNATE / RADIO FRANCE)

Entre cette vision patriotique, la marchandisation du corps avec le don de plasma, et le mur qui n’est pas près de tomber, il y a finalement un mince espoir pour que Joe Biden arrive à mettre un peu d’humanité dans le traitement des étrangers à la frontière mexicaine.  

World Opinions News – France info

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